Flyer était tout penaud dans sa cabane, quoique que, cabane soit un grand mot vu qu’en fait il vivait dans le tronc d’un arbre géant et creux. Deux coups sourds donnés sur la porte le firent sursauter dans son fauteuil.

Qui donc pouvait lui rendre visite en cette belle matinée ? Dans tous les cas, il en était heureux, car depuis environ deux cents ans, il n’avait pas vu grand monde à part deux ou trois voyageurs égarés qui s’étaient enfuis dès qu’ils l’avaient vus.

Lentement, puisqu’il ne pouvait aller plus vite, il prit appui sur les accoudoirs de son fauteuil et, se leva grâce à la force combinée de ses petits bras et de ses puissantes pattes. L’inconnu frappait déjà de nouveau, deux coups toujours mais passablement plus forts, plus énervé sans doute.

Flyer leva les yeux au ciel comme excédé par ce tintamarre. Le plafond au-dessus de sa tête était noir de suie, brûlé par ses cuisants ronflements quand, les yeux chargés des belles histoires qu’il venait de lire, ses paupières n’y tenants plus, il lui prenait de faire la sieste, bercé par la douce lumière que filtrait pour lui le fin treillis de feuilles, posées sur le canevas formé par les branches de son arbre au tronc décapité. Curieusement, comme la nature est bien faite, ces feuilles étaient d’une incroyable efficacité. Le nuit elle s’ouvraient et déversaient leur part de chlorophylle, le jour elles se fermaient et, laissaient passer la lumière du jour, juste un peu, pas de trop. Les jours de pluie, elles s’ouvraient et le protégeait. Tout cela et le reste avait quelque chose de magique. Il corna une page et posa son livre.

- Ca va, ça va, j’arrive ! Si vous croyez que c’est facile…

Flyer se mit lourdement en route. Une patte devant l’autre et ainsi de suite tout en roulant du bassin comme il sied à toute personne ayant, comme lui, un certain embonpoint. Tout dans le ventre.

Pour atteindre la porte, il devait traverser toutes les pièces de sa demeure car, n’étant jamais dérangé et, ne recevant jamais personne, il n’avait pas jugé utile de prévoir un couloir. Toutes les pièces, sauf une, sa chambre qui présentement lui tournait le dos.

Ainsi, de sa démarche nonchalante, il se dirigea vers la porte en traversant le salon et la cuisine (les toilettes étant tout de même à l’écart) tout en prenant soin de ne rien renverser avec sa queue, qui, suivant le mouvement général du corps, valdinguait de gauche à droite, et vice versa.

Arrivé à la porte, il hésita un moment avant d’ouvrir. L’étranger allait sûrement s’enfuir, les jambes a son cou, quand il ouvrirait. Comme les autres.

- Que cherches-tu étranger ?

- Je suis venu voir le Dragon qui vit dans cet arbre, s’entendit-il répondre.

Alors il saisit la poignée, ronde et en cuivre, de sa porte et l’ouvrit. Enfin ! Un qui vient voir un Dragon et pas autre chose.

- Je m’appelle Corval et je suis un grand chevalier. Je suis venu tuer ton maître le Dragon. Va donc le prévenir manant !

Flyer ne put que pouffer devant un tel abruti. Il haussa les épaules avant de claquer la porte à ce chevalier prétentieux. Pas de chance, pour une fois qu’il recevait de la visite, il tombait sur un idiot en croisade.

De nouveau deux coups furent asséner à la porte.

Flyer, qui avait déjà fait demi-tour, ne jugea pas utile de répondre et, continua son chemin vers son fauteuil.

Une rafale de coups plus sévères martela la pauvre porte.

- C’est que cet idiot va me la décrocher nom d’un sort !

 Flyer tourna les talons et, reprit le chemin de la porte, bien décidé à recevoir comme il faut ce malotru.

Avant d’ouvrir il prit son air sévère.

- Ce n’est pas bientôt fini ce boucan Mossieur Corval le Chevalier.

- Holà, manant ! Suffit de me chercher querelle, et file de suite quérir ton maître le Dragon si tu ne veux pas, toi aussi, goûter au fil de mon épée.

- Mais, je suis le Dragon bougre de baudruche !

Corval devint tout pâle puis regarda Flyer de bas en haut comme s’il estimait négligemment un danger insignifiant. Puis il partit d’un grand éclat de rire.

- Toi, un Dragon ? Cesse donc séant cette plaisanterie et, appelle-moi ton maître !

Personne ne saura jamais si Corval avait fini sa phrase car il fut coupé par un jet de flamme sorti des narines de Flyer, vert de rage.

Il fit un bond en arrière tout en dégainant son épée flambant neuve.

- Par Saint-Antoine ! Quel est ce tour de magie ?

- Ce n’est pas de la magie, idiot. Puisque je te dis que je suis le Dragon qui vit ici.

- Toi ? Mais tu n’as rien d’un Dragon !

- Et pourtant… Je suis Flyer le Dragon et tu ne vas pas me tuer !

- Et pourquoi je ne le ferais pas ? Tu n’es pas sans savoir que tout chevalier qui se respecte doit chasser et tuer les Dragons qu’il rencontre !

- Oui, mais pas moi !

- …

- Mais, enfin quoi, tu m’as bien vu ? Un mètre de haut pour presque quatre-vingt dix centimètres de large. Cent dix kilos ! Je fais tellement de gras que, sur mes flancs, mes écailles se décollent en pétales. Même toi le chasseur de Dragon tu ne m’as pas reconnu.

- Peu m’importe, un Dragon est un Dragon ! Et puis de toute manière tu seras le premier, alors, tu seras bien suffisant.

- Mais je ne suis ni dangereux ni méchant et, tout le monde le sait dans la région. Les gens qui t’ont guidé se sont moqués de toi. Tue-moi et tu seras la risée de tout le monde. La seule chose que je sais faire c’est brûler le plafond de ma chambre, quand je ronfle en dormant. En plus, je ne sais pas voler. Enfin, je ne peux pas voler, mes ailes ne sont ni assez longues ni assez fortes. Regarde !

Et Flyer tourna sur lui-même comme une donzelle qui chercherait à faire voler son jupon. Tant et si bien que Corval se rendit compte par lui-même qu’en effet, ce Dragon-ci n’était peut-être pas celui qu’il lui fallait. Ses ailes devaient tout juste être suffisantes à brasser l’air en pleine chaleur et sa queue était si courte qu’elle ne touchait pas le sol.

Accablé, Corval regarda désespérément le fruit de sa quête. Sa tête. Sa tête était peut-être la pire des choses, toute ronde avec des joues de gros bébé.

Le Dragon le regardait avec un tel air niais, que même les fumerolles qui sortaient de ses grosses narines rondes finirent par lui donner envie de sourire au mythique animal.

- Et je parie que tu n’as plus tes monstrueuses dents !?

- Pas du tout Chevalier, j’ai même encore mes dents de lait, répondit fièrement Flyer avec un grand sourire.

Cette fois s’en fut trop pour Corval le grand Chevalier qui partit d’un éclat de rire à se rompre une artère.

- Ah, ah ! Après tout ce n’est pas plus mal. Je dois bien t’avouer cher Dragon que tu es la meilleure approche qu’un jeune Chevalier puisse avoir avec son futur métier de tueur de Dragon. Tout cela me rassure, après tout, tes congénères ne doivent pas être tellement différents de toi. Il est vrai que tout cela m’effrayait un peu.

- Je ne peux te dire si les autres Dragons me ressemblent ou non. A vrai dire, les seuls que j’aie jamais vus sont sur les dessins de mes livres et dans leurs descriptions. En fait je ne m’y connais pas plus que toi en Dragon. Mes livres étant écrits par des hommes à l’imagination fabuleuse.

- C’est vrai que d’après la rumeur, il n’y a plus beaucoup de Dragons en vie. Les chevaliers on fait du bon boulot.

- Parce que pour toi c’est un bon boulot que de tuer des Dragons.

- Ben, je suppose que oui. De ce que je sais, les Dragons sont suffisamment dangereux et méchants pour justifier qu’on les tue. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que toutes les générations de chevaliers se sont évertué à vous pourchasser. Quelle gloire que d’en tuer un…

Corval rêveur regarda le ciel comme pour vérifier qu’aucun Dragon ne passait au-dessus de sa tête pendant qu’il parlait.

- Le plus beau jour de ma vie serait de rentrer chez moi avec la tête d’un des tien tirée par une carriole.

- Ainsi les hommes sont aussi bêtes que dans les livres !

- C’est facile pour toi de parler ainsi. Un chevalier doit tuer au moins un Dragon et c’est la gloire assurée pour lui et sa famille. Maintenant j’ai assez perdu de temps je dois poursuivre ma route.

- Alors tu repars, et moi ?

- Tu as raison. Tu n’as aucun intérêt. Je te laisse donc la vie.

- Il ne me semble pas avoir dit que je n’avais aucun intérêt !

- Tu n’es pas du genre à brûler les champs et dévaster les villages. Je te laisse donc la vie sauve.

- Et qu’est-ce qui te permet de penser que tu aurais pu me tuer ?

- Allons Dragon, soit heureux de pouvoir vivre encore un peu, un autre que moi serait peut-être moins généreux.

- Je te repose ma question. Qu’est-ce qui te permet de penser que tu aurais pu me tuer.

- Assez te dis-je, ou tu pousses un peu loin mon indulgence.

- Alors tue-moi !

- Tu es fou ! Je n’aurais aucune gloire à te tuer. Un chevalier ne tue pas pour rien. Il faut que l’histoire retienne ses combats, ou qu’il soit insulté.

- Tue-moi ! Abruti, gros con de chevalier à la manque, idiot, emmanché, triple buse, raté, bâtard.

- Si tel est ton souhait, c’est sur toi que j’étrennerai mon épée.

Joignant le geste à la parole, Corval sortit sa lame flambant neuve de son fourreau en un éclat de lumière éblouissant qui l’obligea à plisser les yeux. Il se mit en garde et, l’espace d’un instant, il chercha Flyer du regard.

Sur de son geste, il se lança à l’assaut et, l’épée en avant, se jeta sur le Dragon et le transperça.

Emporté par son élan, Corval fit un roulé boulé tout en évitant de se blesser. Il se retrouva finalement sur le cul, l’épée plantée dans la terre meuble de la forêt.

Le rire de Flyer lui rappela cruellement qu’il avait loupé sa cible et que l’honneur n’était pas sauf.

- Par quelle magie m’as-tu esquivé ?

- Je ne t’ai pas esquivé, tu m’as loupé c’est tout.

- J’en ai assez de tes insultes ! Je m’en vais te pourfendre.

Corval se releva avec force et libéra son épée à l’éclat ternie par la terre. Il se jeta de nouveau sur le Dragon. Il passa à travers, trébucha et, manqua s’empaler sur sa lame.

- Nom d’un sort ! Un Dragon magicien.

- Es-tu toujours sûr de vouloir me tuer ?

- Est-ce possible au moins ?

- Tout dépend de ce que tu recherches. La vérité ou une chimère ?

- Cesse donc ce verbiage et répond à ma question, peut- on te tuer ?

- Oui.

- Alors, comment ?

- Tu n’es pas près.

- Voilà que ça te reprend. Cesse donc de me répondre avec des non réponses ou bien c’est la peur qui te guide. C’est ça, tu as peur de mourir !

- Loin s’en faut, peut-être que c’est même ce que j’attends.

- Alors tu dois être fou. Moi je m’en vais, je vais trouver un autre Dragon. Un qui ne parle pas.

- Je pars avec toi.

- Non ! Toi tu restes là, il est hors de question que tu viennes avec moi, n’as-tu pas assez de mon déshonneur que tu veuilles en plus que tout le monde soit au courant.

- Jeune Corval tu n’as rien compris. Je suis ton Dragon, tu n’en trouveras jamais d’autre. Tu dois me tuer.

- Mais comment ?

- Tu n’es pas près. C’est pourquoi je pars avec toi, laisse-moi juste le temps de fermer ma maison.

 

*

 

C’est ainsi que Flyer quitta sa forêt natale avec le jeune chevalier Corval.

Bien sur, ce n’était pas vraiment le destin espéré par Corval. Lui, le jeune chevalier en quête de gloire repartait de sa première aventure entiché du Dragon qu’il était venu tuer. En plus, il était petit, gros, avec d’énormes narines qui lui mangeaient le visage. Visage qu’il avait aussi rond que les yeux. Rond et l’air niais, c’était à peu près ce que l’on pouvait dire de Flyer. On pouvait dire aussi que de face il n’avait pas de queue, ni d’ailes. De dos il avait une petite queue, ridicule. Quand aux ailes on aurait pu penser qu’il avait enfiler un costume de mouche trop petit pour lui.

Ils marchaient ainsi depuis un moment dans un silence à couper au couteau. Corval broyait du noir tandis que Flyer fumait tranquillement entre deux branches calcinées.

- Si tu continues ton jeu ridicule il ne restera bientôt plus de forêt.

- Oh, pardon ! Mais si tu crois que c’est facile.

Le silence retomba avec le couteau et ils continuèrent leur route.

 

*

 

Ils traversèrent ainsi plusieurs pays. Corval continuait à broyer du noir, Flyer à le suivre patiemment en valdinguant de gauche à droite au rythme de sa queue.

De temps en temps ils traversaient un village et à chaque fois Corval courbait la tête et l’échine, rouge de honte d’être ainsi affublé d’un Dragon plutôt ridicule qu’effrayant. Et pourtant, bien que tout le monde le regardait, il avait l’étrange impression que personne ne faisait vraiment attention à son compagnon.

La quête de Corval continua ainsi au rythme des jours et des nuits, la rosée du matin chassée par le feu du soleil, la chaleur du jour par le froid de la nuit, dans l’éclat rougeoyant des couchers de Soleil.

Ils rencontrèrent des paysages aussi plats que leurs conversations, et d’autres fois ils eurent à franchir des chaînes de montagnes. Corval commençait à fatiguer tandis que Flyer, et c’est peut-être ce qui l’énervait le plus, avec sa démarche nonchalante et chaloupée semblait profiter de ce périple comme d’une promenade de santé. C’est pourquoi, un jour, n’y tenant plus, il tenta de nouveau de savoir pourquoi Flyer restait avec lui.

- Ca y est, tu ne fais plus la tête ?

- A quoi bon ! J’ai le sentiment que tu n’es pas près de me lâcher alors tant qu’à faire, autant parler un peu.

- Là dessus, je suis d’accord avec toi. Alors de quoi on parle ?

- Tu ne veux toujours pas me dire pourquoi tu t’acharnes à me suivre ?

- Je te l’ai déjà dit, tu n’es pas près.

- Mais pourtant, si je récapitule un peu, tu restes avec moi parce que je dois te tuer, mais je ne peux pas. C’est absurde et sans fin.

- Pour l’instant, mais j’ai tout mon temps.

- D’accord, mais il y a quand même un moyen, quelque chose que tu ne veux pas me dire, pour l’instant. Alors, il y a une question que j’ai beau tourner dans tous les sens et à laquelle je ne trouve pas de réponse logique : pourquoi restes-tu ainsi à persécuter quelqu’un qui va te tuer ?

- C’est simple, c’est le destin. Tu es fait pour me tuer et être un chevalier, moi je suis là pour être tué par toi. C’est ainsi, ce n’est qu’une question de temps.

- D’accord. Combien de temps ?

- C’est quand tu veux.

- Dragon vois-tu, tu as une fâcheuse tendance à m’énerver. Toutes les fois que nous parlons ensembles, tu finis toujours avec des réponses qui n’ont de sens que pour toi, et encore, je me le demande.

- Peut-être, mais je n’y peux rien, tu n’es pas près.

- Et merde, tu me tapes sur le système.

Une fois de plus la discussion s’arrêta là. Enfin pas pour tout le monde car Corval ne pouvait s’arrêter de penser à la situation dans laquelle il était et sa logique n’y trouvant pas de solution, il ne pouvait s’arrêter de chercher une réponse introuvable. A la fin il finit quand même par abdiquer, après tout Flyer avait peut-être raison, il ne devait pas être près. Oui, c’était sûrement ça, mais prêt à quoi ? Et il était repartit pour un tour de logique.

Ils marchaient depuis un long moment au bord d’une rivière. Il faisait chaud, et l’humidité que procurait la proximité de l’eau leur faisait un bien fou, tout comme l’ombre dispensée par les nombreux arbres qui la bordait. Malgré la présence de Flyer, Corval gouttait au plus profond de lui-même cet instant qui lui rappelait pourquoi il avait choisit d’être chevalier plutôt qu’agriculteur comme son père, ou éleveur comme son oncle, ou encore éleveur et agriculteur comme son grand-père et son arrière-grand-père. La liberté. La liberté d’aller où il veut, quand il le veut avec comme seul devoir de défendre la veuve et l’orphelin, les jolies demoiselles, et de tuer les méchants Dragons. Enfin, c’était ce qu’il pensait.

- Dis-moi Flyer, de quels rêves sont composés ta vie, quelle folie fait battre ton cœur, as-tu un but dans la vie ?

- En vérité oui !

- Ah oui, en voilà une nouvelle. Alors, raconte !

- Tu vois, je vis depuis huit cents de tes ans. Je suis né dans mon arbre et j’y ai toujours vécu. Oh, bien sûr je l’ai aménagé à ma manière, et à l’heure qu’il est un autre Dragon a sûrement pris ma place et fait la même chose, mais tout ce qui était nécessaire à mon éducation était déjà dedans. En fait, un Dragon doit avant tout apprendre la patience, et pour patienter il s’instruit. Il lit des livres. Il rêve. Il ouvre aux gens qui passent et se sauvent en courant en le voyant. La vie se passe ainsi depuis la nuit des temps, et quand un Dragon arrive dans l’arbre, quand il lit son premier livre et qu’il voit le temps que cela prend, il prend peur quand il compte les livres qu’il lui reste à lire. Et puis un jour on frappe à la porte, et un fier chevalier vient pour le tuer, mais il ne le peut pas

- Ca je le sais, il n’est pas près..

Le clapotis de l’eau lui rafraîchissait le corps et l’esprit tandis qu’ils continuaient leur route le long de la rivière. Parfois, le chant des oiseaux venait couper le fil de ses pensées mais, peu importe, les révélations de Flyer lui donnaient du baume au cœur.

- Mais, cela veut dire que tous les chevaliers ne sont pas près. Bon Dieu, Si tu avais commencé par me dire ça, tout aurait été plus facile. Tout ceci est donc normal, je suis normal et je vais devenir un grand chevalier.

- Vois-tu Corval, dans les livres que j’ai lus, tout est à peu près dit. La seule partie qui manque c’est la dernière, celle ou l’histoire commence par le chevalier qui frappe à la porte. Ca me paraît normal, vu qu’après le Dragon meurt, ou s’en va. En tout cas je suppose que ça se passe comme ça vu que je suis avec toi. Ou alors c’est que j’ai fait une horrible bévue en partant avec toi. Si tel était le cas tu ne serais pas chevalier et moi je serais un Dragon raté.

- Décidément, tu as décidé de me gâcher la vie tout du long. Me voilà rassuré, je suis avec un Dragon qui ne sait même pas ce qu’il fait là.

- Qu’est ce que tu veux que je te dise, je découvre la suite de l’histoire en même temps que toi. Moi je pense que c’est bon, puisque tu n’as pas réussi à me tuer et que tu réussi à me voir même sortit de mon arbre.

- Et qu’est-ce que ça prouve ? Non, ne dit rien, je sais déjà ce que tu vas répondre. Alors tu vis depuis huit cents ans pour que je te tue ?

- Ben, oui.

- Mais attends un peu, que veux-tu dire par: « Tu réussis à me voir même sortit de mon arbre. »

- Ben, ça me paraît évident, non ?

- Tu es en train de me dire que je suis le seul à te voir ?

- A priori, oui. Dans tous les villages que nous avons traversés tout le monde t’a salué mais n’a pas semblé me remarquer, j’en déduis que toi seul me vois. En plus, ça colle bien avec la légende qui dit que seul le chevalier qui arrivera à me voir en dehors de mon arbre sera celui qui viendra me tuer.

- Mais, ça doit être terrible comme vie. Depuis huit cents ans tu te lèves tous les matins en attendant qu’un guignol comme moi vienne te tuer ?

- Ce n’est pas si terrible que ça après tout, il faut bien mourir pour vivre sa vie pleinement. Non ?

- C’est un point de vue, en tout cas je ne suis pas pressé alors que toi, tu ne vis que pour ça. Et moi le grand chevalier je ne suis pas capable de te tuer, pour un peu je m’en voudrais.

- Ne t’en fait pas, je suis très patient et je sais que tu…

- N’est pas près, je sais. Quand même, tu aurais pu me dire que personne ne te voyait, cela m’aurait évité de devenir tout rouge de honte à l’idée d’être vu avec un Dragon à la manque à chaque fois que l’on croisait quelqu’un.

- Alors c’était pour ça le changement de couleur. Je n’étais pas censé le savoir. Désolé. En tout cas, les gens ont trouvé cela rigolo.

- Oh, ça va ! Pas la peine de remuer le couteau dans la plaie.

- C’est marrant comme expression, faut que je la note, je penserai à te la rappeler le moment venu.

Bizarrement ce trait d’humour déplu fortement à Corval qui regarda froidement le Dragon qui souriait de toutes ses dents. Flyer qui fixait le chevalier droit dans les yeux comprit tout de suite qu’un malaise venait de s’installer entre eux deux. Il rangea immédiatement ses dents et fixa le sol. De toute évidence les sentiments de Corval à son égard avaient radicalement changé. Peut-être même qu’il commençait à l’apprécier.

Ils marchèrent ainsi jusqu’au soir, au gré des chemins de halage, en longeant la rivière. Visiblement ces chemins n’étaient pas très fréquentés, enfin en partie. Régulièrement ils rencontraient des clairières débouchants sur des champs bien entretenus. Dans ce cas-là, le chemin de halage se transformait en une sorte de petite route bien entretenue, plus ou moins large et respectant les caprices de la nature qui, parfois avait planté là un arbre, ou laissé dépasser des racines énormes, ou bien encore effondré le terrain et ainsi rendu obligatoire un joli détour, un peu à l’écart, plus dans les terres. En général le passage du paysan avait définitivement marqué le terrain en laissant derrière lui des ornières énormes, si grosse que même par terrain sec la marche était difficile. Et puis soudain, la route s’arrêtait ou bifurquait en s’éloignant du cours d’eau, sûrement pour prendre le chemin de la ferme, ou déboucher sur une vraie route, un violent retour à la civilisation.

Corval qui avait décidé de ne pas s’écarter du cours d’eau pénétrait alors, toujours suivi par son fidèle Dragon, dans une sorte de jungle sauvage où la nature luxuriante et vierge, suffisamment abreuvée, s’en donnait à cœur joie, et s’étalait tant qu’elle le pouvait dans une promiscuité sans pudeur qui ne pouvait tolérer aucune querelle de voisinage.

Le chevalier et le Dragon traçaient leur route autant qu’ils le pouvaient. La nature, souvent trop forte pour eux, les contraignaient à faire de menus détours, les écartant délibérément de leur chemin comme pour les rabattre sur une quelconque route plus à l’écart, parcelle concédée aux hommes, loin de l’eau et de la liberté.

C’est ainsi, en zigzaguant entre les arbres, les racines, les dévers et les ornières, que les deux compagnons marchèrent tout le reste de la journée. Et puis le soir arriva en même temps qu’ils arrivèrent au confluent d’une autre rivière, et les deux cours d’eau s’unirent sans un bruit, sans une vague, ils ne firent qu’un. Pour le coup, les deux compagnons ne trouvant pas de gué durent changer de compagne. La nature n’étant pas raciste, le décor ne changea pas et ils continuèrent jusqu’au coucher du soleil leur route sinueuse.

L’horizon était bien rouge quand ils arrivèrent dans la clairière où ils décidèrent de passer la nuit. Corval s’assit au bord de l’eau et retira ses bottes, libérant ainsi ses pieds de leur entrave, et les laissant gonfler à souhait. Aussitôt imité par Flyer qui n’avait pas de bottes, mais s’assit quand même.

- Quelle belle journée on vient de vivre !

- Ca, c’est sûr qu’il a fait beau !

- Tu n’as pas aimé ?

- Si bien sûr, mais c’est la première fois que je marche autant. Tu fais ça tous les jours ?

- Ah, c’est sûr que ça te change de ta vie pépère de Dragon. Je marche ainsi tous les jours, à la recherche de l’aventure.

- Et tu la trouves ?

- Ben, pour l’instant c’est un peu calme. Je pense que quand j’aurai tué mon premier Dragon, tout le reste suivra.

- Moi je pense que tu devrais plutôt chercher le contact avec les autres hommes si tu veux vraiment de l’aventure.

- Qu’est-ce que tu insinues par là ?

- Rien, mais si tu veux sauver des gens et montrer ta bravoure, ce n’est pas en suivant les rivières que tu le feras. Au mieux tu deviendras marin.

- Regarde plutôt le coucher de soleil que de dire des bêtises grosses comme toi.

- J’en ai déjà vu plein dans les livres. Des descriptions et des dessins. Une fois, j’ai même lu que quand le soleil se couche, à un moment précis, si le temps s’y prête et à condition d’être au bon endroit, un bref instant on voit une ligne verte sur l’horizon.

- C’est ça ! … Tu n’as pas entendu un cri ?

- Là-bas, derrière oui.

- Allons voir !

Ils se levèrent l’un à la suite de l’autre, Flyer avec un peu plus de mal, et se dirigèrent vers le cri qui les avaient alerter et venait de se renouveler. Corval ne prenant pas la peine de remettre ses bottes.

En silence, ils s’avancèrent et traversèrent la clairière pour s’enfoncer dans les bois. Petit à petit, la nuit faisant son chemin,  on n’y voyait déjà plus grand-chose, mais ils continuèrent d’avancer guidés par les cris maintenant répétés de ce qui devait être une femme et les voix d’hommes qui parlaient en riant aux éclats.

En rampant ils finirent par arriver tout près d’une maison isolée et là ils comprirent l’ampleur du drame qui se jouait. A terre gisait un seau dont le contenu était répandu par terre. Quatre hommes tentaient de maîtriser une femme en furie tandis qu’un cinquième se frottait douloureusement le crâne où pointait déjà une grosse bosse. Sûrement due au choc avec le seau.

- Tu as eu tort de faire ça, Mathilde, s’écria l’homme.

- C’est toi qui as eu tort de penser pouvoir t’amuser avec moi. Je ne te laisserai jamais me toucher. Ni toi ni les autres, lui répondit Mathilde tellement en colère qu’elle en était toute rouge.

- Non mais, vous l’entendez vous autres, reprit l’homme à l’adresse de ses amis hilares. Tu oublies peut-être que nous sommes cinq et que tu est seule au milieu de la forêt ?

Sans répondre, Corval compris à l’expression de son visage qu’après la colère, la dite Mathilde commençait à réaliser qu’en effet elle était dans une situation dramatique.

- Mais que me voulez-vous enfin, demanda Mathilde en n’ayant pas envie d’entendre la réponse.

- Là, ma petite tu es soit naïve, soit… Naïve. Allongez-la à terre, ordonna-t’il aux quatre autres. Léon et Gaston vous lui tenez les bras, Marcel et ton frère les jambes. Tu ne vas pas rester naïve longtemps ma cocotte.

Ils ne mirent pas longtemps à vaincre la pauvre femme malgré sa résistance désespérée. Léon et Gaston qui se chargeaient des bras lui firent un croc en jambes qui la fit basculer en arrière, tandis que Marcel et son frère lui prenaient les jambes. Mathilde se retrouva sur le dos, allongée sur le sol avec les bras et les jambes écartés.

- Je crois que c’est maintenant que tu interviens, souffla Flyer à l’oreille de Corval tout en lui grillant les poils autour.

- Tu ne vas pas bien ! Ils sont cinq. Et t’as vu les morceaux ! En plus ils sont armés.

- Mais, c’est toi le chevalier, non ?

- Et alors, toi t’es bien un Dragon.

- Invisible je te le rappelle !

- C’est facile pour toi, ils vont me trouer la paillasse si j’y vais.

Ahhhh ! Cette fois c’est un hurlement qui vrilla les oreilles des deux amis. Pendant qu’ils discutaillaient, les quatre avec définitivement bloqués la femme, et l’homme à la bosse s’était avancé et agenouillé entre ses jambes.

- Cette fois tu dois y aller, reprit le Dragon tout en poussant Corval dans le dos. Ce dernier perdit l’équilibre et s’effondra dans les branches avec grand fracas. Il se rétablit grâce à un rouler bouler qui le mena à découvert, précédé d’un boucan à réveiller un mort. Il se retrouva debout face aux cinq hommes, dépenaillé, pieds nus, avec de l’herbe sèche dans les cheveux.

- Euh, salut ! Dit-il, l’air penaud, aux cinq paires d’yeux qui le dévisageaient aussi surpris qu’il avait l’air bête. Même Mathilde avait relevé la tête pour voir l’intrus, la bouche ouverte, un cri en suspend.

- Mais qu’est-ce que tu fais là gamin, s’écria l’homme à la bosse en se relevant.

Corval jeta un œil en arrière pour voir si Flyer était toujours là. Il était sorti du bois lui aussi mais sa présence ne le rassurait pas plus, le Dragon lui faisait des grands signes avec ses pattes de devant pour lui dire d’avancer. Il se retourna de nouveau et vit que maintenant les cinq hommes s’étaient levés et se dirigeaient vers lui en traînant la femme derrière eux. Visiblement, ils ne voyaient pas Flyer.

- Tu ne comptes tout de même pas te mêler de nos affaires ?

- Pas vraiment, non. Mais quand même, il me semble que la dame ici présente n’est pas d’accord avec ce que vous voulez lui faire.

- C’est bien ce que je disais, tu comptes te mêler de nos affaires, reprit l’homme à la bosse la main sur la garde de son épée.

- Non, non, ce n’est pas ce que vous pensez, répondit Corval qui commençait à paniquer et cherchait du regard le soutien de Flyer. Ce couard était assis dans l’herbe. Il ne semblait pas vouloir bouger le petit doigt.

- Alors tire-toi !

- D’accord, non, Corval venait de perdre l’esprit. D’accord je m’en vais, non je reste, il ne contrôlait plus ses mots, comme s’ils étaient prononcés par quelqu’un d’autre. Il se retourna et comprit d’un coup ce qui se passait, Flyer le fixait très concentré avec un grand sourire. En le voyant, il lui fit de grand signes d’encouragements. Corval ne comprenait pas comment mais le Dragon s’était emparé de son esprit.

Voyant qu’il n’avait pas le choix Corval se laissa manoeuvrer par le Dragon. Après tout il était chevalier, il était temps de le prouver.

- Vous allez laisser cette dame tranquille, s’écria t’il en dégainant son épée.

Les cinq hommes éclatèrent de rire en voyant ce gamin les menacer. Ils cessèrent tout net en réponse au signe de la main sans équivoque de leur chef.

- Tu n’as aucune chance petit, on est cinq et toi tu est tout seul, tu ferais mieux de ranger ton arme et de filer tant qu’il en est encore temps.

- Vous avez raison, reprit Corval en commençant à rengainer. Tort ! Je voulais dire, et l’épée rejaillit. Lâchez-la !

- Tant pis pour toi. L’homme à la bosse fit un geste du bras et le premier cerbère, celui qui s’appelait Léon, s’élança vers Corval. Il était beaucoup plus grand et plus fort que lui, mais Corval n’avait plus le choix, il se mit en garde.

La première attaque passa très près et Corval ne dut son salut qu’à la racine dans laquelle il se prit les pieds et qui le fit tomber.

Quand il se releva, Léon avait déjà fait demi-tour et fonçait de nouveau sur lui.

Furieux, ce dernier hurlait en courant, l’épée au-dessus de sa tête. L’ensemble dépassait bien Corval d’un bon mètre cinquante. En un éclair il eut l’idée de se jeter dans les jambes de cette tour de viande un peu trop bruyante. Léon perdit l’équilibre et se fracassa face contre terre, la tempe sur un gros rocher. Le bruit mat de l’impact fut suivit d’un long silence de stupeur. Léon ne se relevait pas et le rocher s’était teinté de rouge.

- Gaston, Marcel, allez-y ! S’écria le bossu.

Cette fois les deux hommes s’approchèrent prudemment de l’intrépide gamin. L’épée à la main et bien campés sur leurs jambes ils s’avancèrent et encerclèrent le pauvre Corval. L’apprenti chevalier ne savait plus où donner de la tête, même si la mésaventure de Léon lui avait valu un peu de respect des quatre autres bandits, il se retrouvait belle et bien encerclé par deux brutes qui semblaient bien ne pas vouloir se laisser surprendre.

Alors il se mit à tourner en rond, son regard allant de Marcel à Gaston et vice versa. Il était pris au piège comme un taureau épuisé dans une arène. Il ne pouvait plus qu’attendre la charge et sa mise à mort, vaincu.

C’est alors que les deux bandits décidèrent d’attaquer. Ils se jetèrent tous les deux en même temps sur Corval qui n’eut d’autre réflexe que de se baisser en serrant les dents. Il y eu un bruit sourd suivi d’un voile rouge dans les yeux de Corval, le cri de Mathilde qui regardait la scène et puis plus rien. Un grand silence empreint d’horreur et de surprise. Flyer s’était levé.

Le sang coulait à flot su r la tête et les épaules du pauvre Corval, jusqu’à ce que les corps sans vie de Marcel et de Gaston s’effondrent dans un grand nuage de poussière. Ils s’étaient soigneusement fendus le crâne, emportés par l’élan de leur charge et la disparition de leur cible, les deux brutes n’avaient pu s’arrêter.

Corval se releva l’air hagard et l’épée à la main, le dos légèrement voûté. Il s’essuya le front de sa main libre qu’il secoua après pour en évacuer le sang qui commençait à coaguler. Maintenant le bossu avait peur tandis que l’autre bandit sanglotait devant la dépouille de son frère. Leurs regards se croisèrent, et sans que Corval ne dise un mot les deux compères s’enfuirent sans demander leur reste.

La bataille était finie, Corval avait gagné sans donner un coup d’épée mais sa vie avait à jamais changé, et il le savait quand il se tourna vers Flyer.

Le Dragon était allongé sur le sol et était en train de mourir. Corval se précipita vers son ami et s’assit à ses cotés, plaça sa tête sur son genou et se mit à pleurer.

- Sèche tes larmes chevalier, et ne t’en fait pas pour moi. C’est le plus beau jour de ma vie !

- Mais tu es en train de mourir, tu ne te rends pas compte de ce que tu dis.

- Oh que si je m’en rends compte, et s’il est vrai que je vais mourir ça reste le plus beau jour de ma vie, tu m’en as fait vivre les plus beaux moments et je ne sais pas comment te remercier. Me voici libéré.

- Mais libéré de quoi mon ami ?

- De mon rôle sur terre pardi, maintenant je peux partir rejoindre les miens. Tu est bien le chevalier que j’attendais, je l’ai compris en te voyant te battre tout à l’heure.

Corval sursauta quand il sentit quelque chose derrière lui. Mathilde venait de s’asseoir à ses cotés. Elle serra sa taille de ses bras menus.

- Mais je ne me suis pas vraiment battu Flyer, tout juste ai-je évité la mort.

- Peut-être, mais tu as été très courageux face à ces bandits, et tu n’as pas hésité à risquer ta vie pour sauver Mathilde. Tu viens de commencer ton apprentissage.

Sur ces mots, Flyer se mit à trembler et son image à s’estomper. Un grand sourire apaisa ses traits, il regardait heureux le jeune couple qui l’entourait.

- Que se passe-t-il Flyer, s’inquiéta le jeune chevalier, pourquoi brilles-tu ainsi ?

- Ne t’inquiète pas mon ami, tout ceci est normal, je m’en vais, je disparais, mais avant de partir je te donne ma force et mon courage de Dragon. C’est le cadeau d’un Dragon pour son chevalier.

Corval compris à ce moment qu’il ne pouvait plus rien pour son ami, son destin en avait décidé ainsi, Flyer allait mourir en lui donnant la force et le courage de poursuivre sa quête.

Il embrassa son ami sur le front juste avant qu’il ne disparaisse complètement et se leva fièrement en tenant Mathilde dans ses bras. Son regard fit le tour de la carrière, où il venait de mener le premier combat de sa vie, pour ne pas l’oublier et leva la tête vers le ciel avant de s’exclamer d’une voix forte et rauque. Une voix d’homme.

- Seigneur, je suis prêt à te servir. J’ai tué mon Dragon pour sauver Mathilde, je suis devenu Chevalier au péril de ma vie pour la veuve et l’orphelin. J’ai tué le dernier Dragon sur terre, que celui qui dise le contraire m’en ramène un.

 

 

 

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